Généralités sur la poésie

La poésie n’a plus guère le vent en poupe.

Ce n’est pas qu’une question conjoncturelle, de saison seulement : il est notable que les gens préfèrent s’allonger sur le sable de la plage l’été avec un bon roman plutôt qu’avec un classique de poésie qu’il faudra interpréter (tiens ! Un mot bien « théâtral » pour parler plutôt de littérature !), voire carrément déchiffrer ( mot encore plus inadéquat puisqu’il s’agit de lettres).

La vérité, c’est qu’à notre époque hyper concrète, rationnelle, pratique… seule ou presque compte la science qui nous sauvera de tout, le croyez-vous ? Des petites bêtes et des grosses, des météorites, du réchauffement climatique, de la vieillesse et même de la mort… excepté peut-être de nous-mêmes…

Le poète lui, n’est plus qu’un doux rêveur aux états d’âme parfois morbides, introverti alors un peu gênant, qu’il faut pour trouver acceptable, teinter d’un peu de chant, de slam ou de rap.

Il n’en a pas été toujours ainsi.

L’exemple historique français

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Image à la Une : Victoria_Borodinova sur Pixabay

Il fut une époque où il était de bon ton, jeunes gens de bonne famille, bien éduqués, de connaître la poésie aussi bien que la musique, la rhétorique ou encore la théologie… Jusqu’à finalement récemment.

Et c’est alors, allègrement, que l’on passait du maniement de l’arme à celui de la langue qui d’ailleurs on le sait, peut tuer tout autant !

Des rois et reines de France se sont montrés à l’égard de la poésie de généreux mécènes. Citons bien sûr, Aliénor d’Aquitaine dont on dit qu’elle favorisa l’épanouissement à sa cour de l’amour courtois, ou François 1er, « protecteur » de Clément Marot, ou encore Catherine de Médicis et Pierre de Ronsard…

Au moyen âge, trouvères et troubadours comme Rutebeuf ont par leurs vers et chants séduit belles et beaux… et bien des dames de cour ont cédé sous le charme des mots, enivrées. Mais bien avant encore, les grecs ont élevé des muses à cet art suprême, le langage des Dieux ! Homère, Hésiode les plus connus.

Les romains eux aussi, même si… le talent de Néron ne fit pas à vrai dire, en ce domaine, l’unanimité… Aujourd’hui le message est-il devenu trop intime, trop politique ? Hermétique ? … Je vous laisse juges.

Une royale poésie roumaine

Quant à nous, nous voulions vous parler d’une royale poésie ! Celle que toute personne cultivée, ouverte, spirituelle, et pourquoi pas talentueuse peut développer en plus d’autres vertus.

Nous voulions vous présenter Carmen Sylva dont le nom vous évoque peut-être quelque star hollywoodienne du début du XXe siècle, ou qui sait, une célèbre chanteuse française…

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Carmen Sylva, photo : Wikimedia

Je parle de Berthe bien sûr (les roses blanches, froufrou…) mais sans aucun rapport, que l’effet de l’imagination… Quoique…

J’aurais aimé savoir quand même d’où lui vint ce choix…

Carmen Sylva fut en effet le nom de plume d’une reine née en 1843, Elizabeth de Wied de la noblesse allemande. Elle utilisa ce pseudonyme pour son activité littéraire, entre autres écrire ses plus beaux vers parus entre 1880 et 1905 ainsi que des traductions, des contes et des romans de grande qualité.

Fut-elle la reine de la poésie ? A vous de lire et voir… (ci dessous un extrait que j’ai pu trouver sur le net). Elle fut tout de même élue à l’académie roumaine en 1882 !

Reine, elle le devint surtout en 1881 lorsque l’homme qu’elle avait épousé, Karl von Hohenzollern-Sigmaringen, fut élu roi de Roumanie sous le nom de Carol 1er (Charles 1er).

Avec lui, elle n’eut hélas, qu’une seule fille décédée prématurément à 4 ans.

Toutefois, en dehors de toute considération politique et de l’avantage pour être reconnue que lui confère son titre de noblesse, elle a montré au cours de sa vie longue et mouvementée plusieurs véritables talents royaux.

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Image par Rogier Hoekstra de Pixabay

En effet, Elizabeth manifesta outre la poésie, son art favori, des aptitudes diverses pour la musique (le piano et le chant) ; plusieurs de ses poèmes ont été mis en musique par le compositeur roumain Georges Enesco :

  • Quinze mélodies sur des poèmes de Carmen Sylva (Der Bläser, Zaghaft, Armes Mägdlein, Der Schmetterlingskuss, Reue, Schlaflos, Frauenberuf, Junge Schmerzen, Maurenlied, Königshusarenlied, Mittagslaüten, Ein Sonnenblick, Regen, Die Kirschen, Morgengebet) pour voix et piano (1898-1908)
  • Waldgesang ; Plugar sur des vers de Carmen Sylva et N. Radulescu-Niger pour chœurs mixtes a capella (1898-1900)
  • Sphynx, canon à six voix sur des vers de Carmen Sylva (1898)

Mais aussi pour la peinture et les enluminures, sans oublier son talent pour les langues (l’allemand, le français, le roumain, l’anglais).

Elle afficha des qualités morales exemplaires lors de la guerre russo-turque (1877-1878) durant laquelle elle soigna les blessés. Elle encouragea l’éducation des jeunes filles en Roumanie et participa à de nombreuses œuvres de charité.

Malgré l’exil de 3 ans qu’elle connut pour avoir encouragé la relation interdite entre le prétendant au trône, le prince Ferdinand et une roumaine de ses proches amies, Hélène Vacaresco, elle resta reine de Roumanie jusqu’à la mort de son époux en 1914.

Conclusion

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Mon avis

Fut-elle royale poétesse ? En tous cas, elle en a laissé des traces glorieuses écrites et dans le cœur des roumains. Elle fut digne d’être appréciée et remerciée par la France dont elle a elle-même et au travers de bonnes traductions, d’écrits d’autres auteurs comme Pierre Loti, magnifié la belle langue.

Alors, n’êtes-vous pas comme moi curieux de connaître les pensées qui trottent dans une royale tête si pleine ? Si oui, peut-être pourrez-vous trouver dans sa bibliographie ce livre intitulé : « Les pensées d’une reine » rempli de citations des plus passionnantes.

Mais vous pouvez en consulter de croustillants passages sur le site Gallica.bnf.fr  (bibliothèque nationale de France) sur les femmes, les hommes, l’amour, l’orgueil, la politique… consultables en ligne.

Références biographiques :

Wikipédia

Extrait de poésie que vous pouvez retrouver en accès en ligne libre sur Gallica.bnf.fr.

AUX FEMMES (1)

femme

A vous qui savez souffrir bravement,

Cœurs vaillants, trempés dans la flamme pure;

Que la passion, noble et saint tourment.

Relève, affermit, sanctifie, épure

A vous dont l’esprit sérieux et fort

Affronte avec calme et vent et tempête;

A vous. qui savez, sous les coups du sort,

Avec dignité redresser la tête !

Qui ne répandez que chaleur, clarté,

Comme les rayons du soleil splendide ;

A vous qui semez grâce, amour, gaieté

Sur la terre froide et le monde aride !

Qui souriez, même en portant le poids

De tous vos fardeaux, de tous vos déboires.

Qui dans vos combats gagnez tant de fois

Sans fracas, sans bruit, de belles victoires;

Puisque le laurier est pour vous sans fleurs,

Sans rayons la gloire— à vous, chères âmes,

Héroïnes dont seuls coulent les pleurs,

Je veux dédier ce volume, ô FEMMES !

Carmen Sylva

(1) Dédicace de Slûrme (Tempêtes), Bonn, E. Strau$$f 1881,in-8.

Oeuvre choisies (Prose et vers) publiées par G.Bengesco 1908

Pat pour Roomanies

11 thoughts on “Carmen Sylva ou la royale poésie roumaine

    1. Merci de cet optimisme qui fait du bien. Tu prêches un converti à l’espérance éternelle, par contre je serais heureux que les poètes soient davantage considérés. Amicalement.

  1. Très bel article, fort bien documenté et écrit. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que si Carmen Sylva vivait aujourd’hui, elle serait peut-être rappeuse ou déclamerait du Slam sur scène. De même que certains grands peintres d’il y a quelques siècles seraient probablement en train d’honorer les murs de nos villes de leurs géniaux graffitis !
    La poésie existe toujours, même si elle change de visage.
    Mais cela dit, j’aime bien les poètes d’hier et aussi d’aujourd’hui, hein Pat 🙂

    1. Belle ouverture d’esprit, mais je ne sais pas si la famille royale serait prête à franchir ce pas. Elle (Carmen Sylva) l’aurait certainement été compte tenu de ses convictions très…modernes mais elle a été aussi punie pour cela. L’expression de l’art appartient au peuple mais sa popularité dépend de financements.

  2. Bonjour Partenaire,

    Comme toujours, tu as mis beaucoup de passion dans cet article :-). J’ai de la chance de pouvoir naviguer avec toi sur le même « bateau » depuis plus de deux ans déjà!
    Merci infiniment de tes efforts Pat!
    Bisous

  3. la poésie est une étoile, un art céleste et particulier. il s’éprouve, on lui prédit des mauvaises fins mais elle demeure. je suis arrivé à l’écriture par la poésie. cette chance qu’on a de coucher nos folies excentriques sur des mots parfois hermétiques est parfois l’équilibre de vie qui nous stabilise entre démence et génie.
    pour la curiosité je vous invite à lire un de mes poèmes lunatiques —) https://rousseljike.wordpress.com/2019/09/02/funeste-depart/

    1. C’est vrai d’où le titre: la royale poésie qui s’exprime dans toutes les langues. J’ai lu la votre…hermétique oui! mais certains vers parlent plus clairement que d’autres et l’ensemble traduit des inquiétudes existentielles bien compréhensibles. Alors merci et à bientôt.

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