Introduction

Il y a quelques temps, nous avions eu le plaisir de vous présenter Virgil Gheorghiu ce grand écrivain roumain et deux de ses ouvrages les plus fameux : « Le meurtre de Kyralessa » et « Les immortels d’Agapia ».

Lien : Virgil Gheorghiu

Mais je m’étais promis alors de vous présenter aussi le livre qui, dans son œuvre, reste le plus connu et le plus magistral aux yeux du monde. À mes yeux tous cas, ce livre est quasi prophétique : « La vingt cinquième heure », (celle que ne connaîtrons pas les hommes parce qu’ils auront disparu. Et cela non en tant qu’existants, mais en tant qu’êtres humains, pensant, ressentant, aimant…).

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Ce livre est paru en France en 1949.

Récit en partie de façon autobiographique, il relate la réalité historique et sa propre expérience de diplomate confronté à la cruauté et l’absurdité d’une époque bouleversée qui déboucha sur la seconde guerre mondiale.

Elle augurait aussi à l’évidence celle que nous vivons aujourd’hui …

Le contexte

Le début de l’histoire se passe dans le contexte troublé d’avant-guerre.

C’est une époque de chasse aux sorcières durant laquelle la situation se dégrade pour les juifs de Roumanie, à l’instar de celle en Allemagne depuis la crise de 29 et surtout l’arrivée d’Hitler au pouvoir.

Au passage l’auteur montre la transition du monde traditionnel rural vers un monde industriel mécanisé.

Industrie

Les personnages

Comme dans ses autres romans, certains de ses personnages sont des gens simples. Des roumains qui ne demandaient qu’à vivre modestement et chrétiennement du travail de leurs mains.

Pourtant, ils se retrouvent embarqués dans les aberrations politiques et technocratiques d’une guerre qui n’est pas la leur, qui les dépasse et face à laquelle ils se montrent naïvement impuissants.

D’autres personnages au contraire se montrent visionnaires.

Ce sont eux qui prédisent la fin de l’humanité et qui ressentent avec plus d’acuité encore l’injustice et la cruauté qui les frappent.

Ils conduisent notre réflexion, mais à travers eux, ces personnages plus clairvoyants, la sentence de l’auteur est claire.

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L’analyse

Avec son style inimitable teinté d’humour noir, Gheorghiu se moque et fustige l’implacabilité de la loi aveugle rendue par une administration sans âme pareille à une machine.

A l’époque, il s’agissait de la bureaucratie, de l’automatisation de l’industrie.

Aujourd’hui, sa diatribe reste d’actualité.

L’ordinateur qui traitent des informations en nombre, ignore la nature affective et particulière de l’homme.

A l’heure où la productivité, le rendement sont devenues les valeurs de référence, peut-on donner un prix à la vie humaine ?

Et si les principes moraux s’effacent devant les ordres de la hiérarchie, si la religion elle-même n’est plus garante de la condition humaine, que reste t-il d’espérance pour l’homme ?

Si l’individu est noyé dans la masse et l’uniformité, devient un simple numéro, un dossier… quid de la justice ?

Voilà le mal dont souffre l’humanité : la disparition de l’empathie, la domination de la sociopathie sur un monde naïf et indolent.

A mesure que la population croît, la rationalisation des moyens économiques piétine les droits des vivants.

Les règles sans cesse plus nombreuses, contradictoires, empiètent sur les libertés individuelles.

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Les riches amassent toujours plus, s’octroient des droits par l’argent et la corruption au détriment des autres.

Il faut alors bien du discernement pour reconnaître que nous sommes manipulés, réduits à l’expression de l’attente d’un bien soi-disant général…mais qui pour l’écrivain déjà ne viendrait ni de l’est ni de l’ouest et n’est rien d’autre que la négation de la singularité humaine.

Le résumé

Iohann Moritz est un jeune paysan roumain qui n’aspire qu’à épouser Suzanna et à acheter un bout de terre pour qu’ils y vivent heureux de leur labeur.

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Pourtant le chef des gendarmes du village, jaloux, ruine leurs rêves en dénonçant faussement Iohann comme juif aux autorités bien qu’il ne le soit pas.

Il le fait envoyer aux travaux forcés.

A partir de là, l’homme se retrouve piégé dans les rouages d’une administration guerrière, sourde à tous cris d’innocence.

Il est désigné criminel quoiqu’il fasse ou dise, transporté de prisons en camps de détention, de concentration pendant treize années. Il est torturé par les hongrois, enrôlé par les nazis et finalement jugé criminel de guerre à Nuremberg par les américains.

Malgré tout, le récit se termine bien…ouf ! Mais Iohann Moritz aura été témoin des pires atrocités que des hommes peuvent infliger à d’autres, témoin d’une nouvelle barbarie que les années et le modernisme croyaient révolue…

Conclusion

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L’histoire de ce roman est avant tout tragique et le lecteur qui n’a pas les tripes remuées par les calamités décrites et subies sera je l’espère rare.

Même si la rencontre des personnages est bien souvent trop fortuite pour être totalement crédible, le témoignage et la vision de l’auteur sont frappants, glaçants. D’une cruauté que seuls les rescapés de la Shoah peuvent encore raconter…

Après avoir lu ce livre, je me pose et repose cette question éternelle : L’homme est-il bon dans sa nature, ou cruel lorsque la première occasion se présente à lui de dominer, de voler, de violer ? Pourquoi certains font-ils d’autres choix ?

Ghéorghiu n’est pas optimisme. L’êtes vous davantage ?

Pat le rimenaute

5 thoughts on “La 25e heure de Virgil Gheorghiu

  1. Bonjour,

    J’ai lu la « 25e heure » il y a de nombreuses années : un monument !!! Et ce titre : « la 25e heure », dépeint si terriblement l’état d’esprit dans lequel baignait (par la force des choses) Iohann Moritz.

    1. C’est ça. Une impression de fin du monde comme l’ont connue ceux qui ont vécu l’enfer des camps. Mais malheureusement l’horreur existe encore… Merci de ton commentaire Gavroche.

  2. Un de ces livres marquants des esprits lus dans la jeunesse et qui reste à jamais imprimé dans la mémoire au même titre que de livres de Steinbeck du style « en un combat douteux », « des souris et des hommes » …

    1. Absolument. Dans le même genre, j’ai été très marqué par Joseph Joffo « Un sac de billes » et je pense qu’il est indispensable que les jeunes générations s’imprègnent aussi de ces récits témoignages de l’horreur absolue et des processus qui y conduisent. Merci de ce libre jugement.

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