Le delta du Danube

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Petit lac sur le delta du Danube. Photo de Roomanies.com

La situation géographique

On parle souvent de la Roumanie comme d’un pays agricole et montagneux en oubliant ses plaines entourant les Carpates, à l’ouest, (Banat et Crişana) la partie orientale de la plaine pannonienne, au sud en Valachie, au nord en Moldavie et son littoral (Dobrogée) en bordure de mer Noire.

C’est là, à l’est du pays, que dans le deuxième plus grand delta d’Europe après celui de la Volga en Russie, vient se jeter ou plutôt s’épandre sur des rivages au relief plat, le mythique Danube, se confondre avec la mer Noire.

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Image par falco de Pixabay

Auparavant, il aura traversé ou longé 10 pays de l’Europe centrale, dont 4 grandes capitales et toute la Roumanie. Plus d’un tiers de son cours coule en Roumanie (environ 1075 kms). Finalement, dans une course à l’inverse de celle du soleil, le Danube retourne aux origines paisibles du temps, renaît à la pureté et la clarté de l’eau, en abandonnant à la terre les alluvions transportés tout au long de son périple. Le Delta fait alors fonction à la fois de rein et de zone-tampon face aux crues.

C’est ici le mariage de la terre et de la mer que bénit largement le ciel d’eau bénite dans un climat humide mais plus doux, propice au développement de la vie, de la faune et de la flore. Le delta s’étend sur une superficie de 3446 km2 soit plus de 2 fois la surface de la Camargue (A peu près 1500 km2) et compte une quarantaine de milliers d’habitants.

Le site protégé aujourd’hui, est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1991 et classé « réserve naturelle de la biosphère » dans le cadre du programme MAB (« Man and Biosphere ») des Nations unies. Pourtant seulement 20% du delta sont encore considérés naturels, restés à l’état primaire, comme ils furent au temps des dynasties voïvodes qui en avaient fait leur terrain de chasse favori (entre les 15 ème et 19 ème siècles)

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Vue sur le delta du Danube, à proximité de Tulcea. Photo de Roomanies.com

Sur sa dernière partie, entre les villes de Galati et de Tulcéa, le Danube se divise en trois bras principaux dont le plus septentrional, le bras de Chilia a été attribué à l’Ukraine et les deux plus méridionaux, le Sulina et le Saint-Georges à la Roumanie aux termes du traité roumano-ukrainien de Constanza, signé le 2 juin1997, et de l’arrêt (répartissant la zone maritime au large) de la Cour internationale de justice du 3 février 2009. Ils entérinent la frontière.

Un peu d’Histoire

Le pays est attesté peuplé dès le néolithique. Les Grecs y fondèrent les premiers comptoirs puis les Daces, les Byzantins (qui protégèrent les autochtones contre les invasions barbares), les italiens, les Ottomans au 15ème siècle puis les Russes en prirent possession.

Ce n’est qu’en 1878 que la Roumanie unifiée récupère le delta aux Ottomans.

A partir de 1898, le roi de Roumanie Carol Ier a commencé à se préoccuper de la gestion rationnelle de ces ressources naturelles (de la pêche surtout), de faciliter la navigation pour des échanges commerciaux croissants, et de lutter contre la prolifération des moustiques grâce au travail de Ernst Haeckel (l’inventeur de l’écologie) et du naturaliste géographe Grigore Antipa.

Malheureusement, les guerres successives, la course aux profits industriels et financiers au détriment de l’écologie ont rapidement mis en danger la continuation de leurs efforts pour augmenter la production de poisson et de cannes.

Puis le communisme, sous Ceausecu, avec une politique d’assèchement des zones humides par poldérisation, endiguement, au profit de l’agriculture a fait disparaître des frayères naturelles, des zones-tampon, des sites de reproduction d’espèces endémiques, bloqué des chemins de migration.

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Balade sur le delta du Danube. Photo de Roomanies.com

Les politiques actuelles tentent de réparer ces dégâts, notamment dans la réserve de biosphère du delta du Danube mais bien entendu des aménagements réalisés en amont du delta, comme le barrage hydro-électrique des Portes de fer, influent sur l’environnement et ne permettent plus aux esturgeons par exemple de remonter le Danube jusqu’à Vienne pour frayer comme avant.

La Roumanie interdit la pêche à l’esturgeon pendant dix ans (Article paru dans le Danube Watch du 02/2006) : Nature protection.

Situation politique actuelle

La situation du Delta entre Roumanie, Ukraine et Moldavie reste source de querelles entre ces pays pour établir une frontière précise dans une zone mouvante par excellence. En effet, elle forme un milieu en évolution perpétuelle et encore aujourd’hui, l’alluvionnement ne cesse d’en agrandir les embouchures notamment le delta secondaire ukrainien de Chilia.

Les trois bras principaux du Danube dans le delta sont accessibles aux navires de fort tonnage et ont permis d’y construire des ports, suscité le désir de les étendre et d’aménager toujours plus d’accès permettant de remonter plus rapidement le cours du fleuve.

Afin de réduire l’impact sur l’environnement, la Roumanie a ouvert en 1984 un canal plus au sud sur lui permettant de relier la mer Noire au Danube à Cernavoda et sur 84 kms sans passer par le delta.

Malgré les accords, l’Ukraine qui craint toujours de voir la Roumanie récupérer son droit d’accès au Danube, et aussi peut-être pour préserver des intérêts sur les réserves maritimes de pétrole et de gaz présentes, a fait de même. Au Nord, entre 1995 et 2007, elle a creusé le Canal de Bystroe, mais dans une zone plus sensible ce qui fait craindre des conséquences fâcheuses à long terme sur l’environnement.

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Balade sur le delta du Danube. Photo de Roomanies.com

Pourtant, ici, comme à des noces, l’homme n’est qu’invité à se rassasier des lumières changeantes sur la surface d’une eau peu profonde, à venir contempler, étudier sa biodiversité.

La richesse de la biodiversité dans le delta

Grâce à la mise en place daires protégées dans les zones les plus sensibles ou vulnérables prospèrent ici de nombreuses espèces :

La région est un carrefour des routes migratoires en Europe et en même temps un point de rencontre entre l’Europe et l’Asie. Ici vivent plus de 300 espèces d’oiseaux, dont notamment le magnifique pélican, emblème du delta aux ailes déployées pouvant atteindre 3 mètres, mais aussi des grues, des spatules, aigrettes, grèbes huppés, grèbes à cou noir, guifette moustac, et même le pygargue à queue blanche, cet aigle cousin du pygargue à tête blanche, symbole national américain, des cygnes, des rapaces et les rares bernaches à cou roux.

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Image par sandid de Pixabay

On y découvre également l’un des plus petits oiseaux du monde : le « Troglodyte », qui pèse seulement 13 grammes.

Plus de 150 espèces de poissons peuplent le delta du Danube : certaines endémiques comme l’esturgeon, le béluga européen, le barbu, le hotu, la vandoise, la brème bordelière, l’aspe, le saumon du Danube et d’autres plus communes, en abondance, la carpe, le silure, la sandre, l’anguille, le brochet et la perche ou encore le goujon, le mulet.

Du côté des mammifères, dans le delta, on trouve le vison, le furet et le spermophile (une sorte d’écureuil). Le Danube est également un lieu de vie pour de nombreux amphibiens et reptiles comme la couleuvre d’Esculape, le lézard vert, le lézard des murailles, la couleuvre à collier, la couleuvre lisse, le lézard des souches et la cistude ainsi que des espèces endémiques comme le triton du Danube.

On y aperçoit des tortues centenaires âgées de pas moins de 120 années.

La flore aussi y prospère. De façon générale, en dehors de ses trois bras larges et accessibles, le delta se divise en multiples canaux lacs et étangs au milieu d’une luxuriante végétation de roseaux et de nénuphars mais aussi des forêts de chênes séculaires, des espèces de liane qui peuvent atteindre jusqu’à 25 mètres de long.

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Image par falco de Pixabay

Citons particulièrement la forêt de Letea, dont l’aspect tropical, exotique étonne mais qui s’explique par des graines que ramènent sur place les oiseaux migrateurs.

Vous pouvez aussi trouver des plantes carnivores dans le delta : l’Utricularia vulgaris et l’Aldrovanda.

Le développement du tourisme

De nombreuses agences de voyage et tours opérateurs incluent désormais le delta comme lieu de visite incontournable en Roumanie pour les amateurs de nature et de photographie, surtout l’été en raison de la présence des «migrateurs».

On vous proposera des balades en barque à moteur, en canoë, avec ou sans guide, sur des canaux étroits depuis Tulcea ou Crisan plus en aval, à destination de Letea, ou vers l’embouchure, jusqu’à Sulina, ville portuaire au bord de mer Noire pour découvrir au fil de l’eau les résurgences de ce « paradis originel ».

Vous pourrez goûter la cuisine locale à base de poisson séché : salades d’œufs de poissons, carpe grillée arrosée d’eau-de-vie, brochettes de hareng ou encore ciorba (il en existe une version à la viande fumée). Si vous êtes plutôt viande, laissez-vous tenter par de l’agneau accompagné de zacusca, un caviar de poivrons et d’aubergine.

La pêche dans le delta est encore pratiquée de façon intensive par des peuples attachés à leur folklore, à leurs traditions: des Lipovènes (descendants de russes ayant fui les persécutions religieuses au 18 ème siècle) qui pêchent encore de façon artisanale dans des barques effilées typiques aux pointes relevées pour fendre les roseaux, appelées « lotcas ».

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Image par patricianiculae0 de Pixabay

Mais vous pourrez tout aussi bien, si vous n’êtes ni ornithologue ni ichtyologue, en vous rendant jusqu’au bout du delta, profiter de plages de sable fin sauvages où l’on peut se baigner, l’été, dans une eau peu saline en raison du débit danubien d’eau douce (moins de 10 grammes de sel par litre (contre 35 en moyenne mondiale).

Conclusion

Voilà beaucoup de raisons de venir étudier ou contempler les merveilles de la nature dans le delta du Danube. Pourtant il est un milieu fragile qui impose à tous ceux qui le visitent, respect et vigilance pour que les années futures prolongent les efforts accomplis par la Roumanie pour le préserver. Dans un contexte économique difficile, le tourisme est une chance, substitutive à l’activité de pêche en surabondance qui peut ruiner la chaîne alimentaire et éteindre à jamais des traditions ancestrales.

Scientifique ou simple touriste, venons y, déférent et humble à la nature féconde qui nous a précédés, pour en laisser la jouissance en héritage aux générations prochaines.

Références:

Wikipédia

www.huffingtonpost.fr

www.rfi.fr

www.danube-culture.org

Pop2korn.over-blog.com

www.roumanie-active.com

Destination-rivieres.org

www.voyage.fr

www.geoploria.com

Pat, le rimenaute 

8 thoughts on “Le delta du Danube, réserve de la biosphère

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