Loin des dunes de sable du Sahara, dans les Carpates du Sud, la Roumanie nous offre l’expérience d’une rencontre de taille, celle avec le Sphinx des Bucegi. Armés de votre imagination et d’un brin de curiosité, je vous invite à m’accompagner dans cette aventure, à travers les montagnes roumaines. Prêts ?

Rencontre avec la nature…

Le vent souffle à travers les forêts de sapins qui nous entourent. Comme portés sur ses ailes, nous nous laissons guider vers les Monts Bucegi. La voiture sillonne à travers les virages : l’asphalte noir, lisse, fend en deux le paysage montagneux, qui s’étend de part et d’autre. Nous sommes sur le Transbucegi, une route qui, depuis la ville de Sinaia, permet d’accéder aux sites touristiques le « Sphinx des Bucegi » et « Babele », à plus de 2000 mètres d’altitude.

 

Appelé aussi « la route des vieillies femmes » (Drumul Babelor, en roumain), le Transbucegi offre un spectacle époustouflant, de près de 20 kilomètres. Les forêts denses créent, çà et là, des tunnels de végétation, qui plongent l’habitacle dans lequel nous voyageons, dans la pénombre. Le souffle coupé, nous nous arrêtons : au milieu de la chaussée, nous apercevons un petit ours. Le pas lent, le corps lourd, il tourne la tête et nous regarde, avant de traverser la route et de disparaître dans le feuillage luxuriant. Abasourdis, nous poursuivons notre aventure, qui nous emmène en hauteur : le ciel, omniprésent, nous appelle à nous élever davantage !

Nos regards se posent, émerveillés, sur les reliefs verdoyants, parsemés d’arbres et de rochers. Nous laissons l’air frais de la montagne nous enivrer, les sons de la nature remplir nos oreilles, chatouiller notre imagination. Les belvédères sont nombreux et offrent des incroyables vues. Parfois, une surprise étonnante ; une tache rousse qui longe le sentier jusqu’à proximité du parking : un renard, trop habitué à la présence humaine, vient nous saluer, en quête de nourriture ! Nous prenons le temps d’une pause, pour admirer, pour faire une photo, souvenir délicieux de ces instants…

 

… à 1950 mètres

Nous atteignons la première étape de notre voyage : un parking improvisé nous invite à quitter la voiture, notre périple ne fait que commencer ! Altitude : 1950 mètres, nous sommes proches du chalet « La Pierre Brûlée » (Cabana Piatra Arsa, en roumain) et nous allons débuter notre randonnée jusqu’au Sphinx des Bucegi, situé à 2216 mètres.

La magie est au rendez-vous. La balade nous emmène à travers la montagne : nos regards croisent une bergerie, plus loin encore, les bergers avec leurs troupeaux. Des vaches broutent paisiblement, des chevaux trottent, au rythme de la liberté, sublimant la beauté de ces lieux. Sur une pente escarpée, au sommet d’un rocher un peu accidenté, nous nous arrêtons et regardons autour de nous. Ressentez-vous la puissance des éléments qui nous entourent ? Le vent, l’odeur de l’herbe et des sapins, la dureté des pierres, le blanc candide des étoiles d’argent (floare de colt, en roumain)… Hissés sur cette montagne, nous vivons des instants de communion parfaite avec la nature, nous ressentons sa force procréatrice…

 

Le « Sphinx des Bucegi »

Quelques instants plus tard, nos efforts sont récompensés : devant nous s’érige, majestueux, le Sphinx des Bucegi. Il surplombe le plateau montagneux de ses 8 mètres de hauteur et de ses 12 mètres de largeur, son visage humain est le résultat étonnant de plusieurs siècles d’érosion. Si la Roumanie saura vous émerveiller avec des œuvres colossales, sculptées dans la roche, comme par exemple le visage de Décébale sur le Danube, le Sphinx roumain, lui, a la particularité de ne pas être une création humaine, mais bien une œuvre d’art façonnée par la nature et le temps.

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Le Sphinx des Bucegi – photo de Ioan Vartaci

Origine et légendes

La première appellation en tant que « Sphinx des Bucegi » remonte à 1935, dans une publication roumaine de l’époque. Depuis, nombreuses sont les légendes sur son origine : cela entretient le mystère autour du mégalithe, en faisant de lui un sujet passionnant et un des sites touristiques les plus visités du Pays.

Sa ressemblance avec le Sphinx égyptien, tant par rapport à sa forme anthropomorphe, que par rapport à ses dimensions, lui ont valu des théories les unes plus étranges que les autres.

 

On narre que le Sphinx de Gizeh serait, en réalité, une copie du Sphinx roumain ; qu’il existerait, entre les deux, un tunnel souterrain, spatio-temporel. D’autres hypothèses qui mélangent des portails énergétiques infranchissables, des découvertes archéologiques secrètes, faites par le Service Roumain des Renseignements et des chercheurs du Pentagone (au début des années 2000), ainsi que la présence de l’Ordre des Illuminati et des extraterrestres, alimentent l’énigme qui entoure ce monument.

En raison de la précision avec laquelle les traits du visage ont été modelés, certains avancent la théorie d’une création humaine. À ce propos, on raconte que les monts Bucegi étaient un lieu de culte pour les Daces et que le Sphinx a été créé par ce peuple, à l’endroit même où ils vénéraient leur dieu, Zalmoxis.

Chaque année, le 28 novembre, des visiteurs de tous les coins de la Roumanie, mais aussi de l’étranger, se réunissent autour du Sphinx des Bucegi. Au coucher du soleil, les rayons de l’astre créeraient une pyramide énergétique, fameuse pour ses vertus de guérison, autour du gigantesque visage : le phénomène aurait débuté, selon la légende, le jour où le roi des Daces, Décébale, sacrifia son fils, pour l’envoyer comme messager au dieu Zalmoxis.

« Babele »

À 2292 mètres d’altitude, non loin du Sphinx, d’autres mégalithes, connus sous le nom de « Babele » (les vieilles femmes), tendent leurs têtes vers le ciel. Le processus de formation est le même que celui du Sphinx, mais selon les histoires populaires, il s’agirait de la fille du roi Décébale, qui, pour fuir l’empereur romain Trajan, se serait transformée en pierre. Une autre histoire narre qu’une vieille femme, appelée Dochia alla sur la montagne, avec ses moutons. Arrivée au sommet, elle fut prise à dépourvu par une terrible tempête qui la gela, avec son troupeau. (Au début du mois de mars – selon l’ancien calendrier romain, mars était le premier mois de l’année – en Roumanie, on fête les « Babele »).

 

Un chalet qui porte le même nom est à proximité du site (Cabana Babele, en roumain). Nous pouvons arriver jusqu’à ces mégalithes en continuant notre randonnée ou, pour ceux dont l’impatience serait irréfrénable, avec la télécabine, depuis la ville de Bucegi. Le parcours, d’environ 4 kilomètres, surplombe la montagne et ses riches forêts, en offrant une vue vertigineuse, à couper le souffle.

Invitation au voyage

Que vous vous laissiez bercer par le son mélodieux du vent, qui semble conter des légendes mystérieuses, que vous soyez en quête de paysages de rêve à admirer, d’œuvres d’art qui nous viennent d’un lointain passé ou juste d’un moment de communion avec la nature, une chose est sûre : la montagne roumaine saura vous émerveiller, là où le temps semble suspendu et le parfum de liberté plus enivrant que nulle part ailleurs ! Alors, voulez-vous me suivre ?

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Paysage de montagne, monts Bucegi – photo de Ioan Vartaci
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Paysage de montagne, monts Bucegi – photo de Ioan Vartaci

Vidéo et Image à la une par Ioan Vartaci.

Laura-Andreea Trichard

7 thoughts on “Le « Sphinx des Bucegi » (et « Babele »)

  1. Bonjour Laura,

    Voyager à tes côtés, c’est toujours agréable :-). Merci infiniment de cette invitation! Compte sur moi pour t’accompagner durant tes voyages en Roumanie:-).
    Ta contribution à notre projet est extrêmement précieuse.
    Excellente journée à toi Laura!
    Bisous

  2. Une invitation au voyage quasiment « Baudelairienne ». Il y a de la poésie, du vécu et de l’information. De quoi donner l’envie irrésistible de s’y rendre. Amicalement.

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