Les épidémies en Roumanie

Le printemps à la fenêtre

Le printemps nous guette par la fenêtre, une brise douce se faufile timidement dans nos maisons. Autour de nous la vie éclot, la nature se réveille et se pare de bourgeons et de chants d’oiseaux.

De ce printemps 2020, nous allons nous rappeler l’envie d’évasion qui nous habite et l’impossibilité de l’assouvir : nous sommes confinés ! L’Europe et le monde sont touchés par un mal, invisible, mais dangereux. La crise sanitaire que nous traversons nous oblige à prendre une pause, une parenthèse au milieu de notre quotidien frénétique.

 

Depuis la nuit des temps, l’humanité a dû faire face à des nombreux épisodes épidémiques. Aujourd’hui je vous invite à faire un saut dans le passé, dans l’histoire des épidémies qui ont ébranlé la Roumanie aux 19e et 20e siècles.

Le typhus exanthématique : la plus meurtrière des épidémies

Contexte historique

Le typhus exanthématique apparaît sur un fond de guerre – la Première Guerre Mondiale, qui voit s’affronter deux coalitions : d’une part la Triple Entente formée par la France, le Royaume-Uni et la Russie (rejoints successivement par le Japon, la Belgique, l’Italie, la Roumanie et les États-Unis) et d’autre part les Empires centraux – Allemagne et Autriche-Hongrie, rejoints par l’Empire ottoman et la Bulgarie.

En 1914, l’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie, après le meurtre du couple héritier du trône austro-hongrois, par un nationaliste serbe : ainsi débute un des plus sanglants conflits armés.

 

En Roumanie, l’avis de la population est favorable pour une entrée en guerre au côté de la Triple Entente : en effet, une grande partie du territoire roumain est alors sous le contrôle de l’Empire austro-hongrois, une possible victoire de la Triple Entente offrirait la possibilité de réunifier la Roumanie, en réintégrant les territoires se trouvant sous le contrôle de l’Autriche-Hongrie. Néanmoins, le soutien du roi roumain Carol I et de son successeur Ferdinand I, tous deux originaires de la famille royale allemande, se dirigeait vers les Empires centraux, avec lesquels la Roumanie avait signé un traité qui la désignait comme alliée de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, en cas de conflit armé.

Au début du conflit, en 1914, la Roumanie choisit la neutralité ; elle n’entrera en guerre qu’en août 1916, aux côtés des Alliés (France, Royaume-Uni et Russie).

L’apparition et la transmission de la maladie

L’épidémie de typhus se déclare sur le territoire serbe, à partir de 1914 et sévit sur le front de l’Est pendant quatre ans, en ajoutant des millions de décès aux victimes de la guerre. La destruction des infrastructures, dont celles médicales, le manque de personnel soignant appelé sur le front, les températures hivernales très basses, la malnutrition et le manque d’hygiène constituent l’ensemble des facteurs qui ont favorisé la propagation de la maladie, d’abord au sein de l’armée et ensuite, parmi la population civile.

La grande armée traverse la Bérézina (1866) par Janvier Suchodolski (1797-1875).
Source Wikipédia.org

Le typhus exanthématique se transmet par les poux et les puces : après avoir été contaminés par le sang d’un humain malade, les parasites – porteurs de la bactérie « rickettsia prowazekii » à l’origine de la maladie – la transmettent à d’autres humains non infectés. La maladie se transmet également par les voies respiratoires, par contact interhumain rapproché. Le malade peut alors présenter des symptômes variés : de la fièvre, des éruptions cutanées, des troubles neurologiques, cardiaques et/ou pulmonaires pouvant entraîner le décès. Si la personne survit à la maladie, le risque de séquelles d’ordre neurologique et/ou articulaire est néanmoins élevé.

Victimes et traitement

Si au début de l’épidémie, on pensait que le typhus ne touchait que les soldats qui vivaient des conditions difficiles sur le front ainsi que les personnes les plus pauvres, confrontées à la malnutrition et à une mauvaise hygiène, très vite l’épidémie se répand à travers toutes les classes sociales, touchant les personnes de tout sexe et de tout âge.

Certaines sources estiment qu’en Roumanie le nombre de décès s’est élevé à 300.000, et cela uniquement pendant l’hiver 1916-1917. Parmi les victimes on compte des nombreux soignants français venus porter assistance sur le front de l’Est.

La mise en isolation des malades, l’amélioration des conditions d’hygiène, la lutte contre les parasites à l’aide d’un puissant insecticide – le DDT et le traitement par antibiotique, à partir de 1948, ont permis de réduire la propagation du typhus.

Un soldat de l'U.S. Army au cours d'une séance de démonstration d'un appareil de pulvérisation manuelle de DDT. 2e guerre
Utilisation d’un appareil de pulvérisation de DDT, source Wikipédia.org

La peste et le choléra

Dans l’histoire de la Roumanie, d’autres épidémies ont fait des ravages : un exemple avec l’épidémie de peste bubonique de 1813. Elle s’est déclarée en Valachie, région du sud du Pays, pendant le règne de Jean Caradja (Ioan Voda Caragea, en roumain). On raconte que le prince s’est réfugié dans un monastère, laissant les habitants de Bucarest en proie à la maladie. Les sources de l’époque relatent une perte humaine de 90.000 personnes et racontent des histoires de personnes enterrées vivantes dès l’apparition des premiers signes de la maladie, dans le but de réduire le risque de contamination de la population saine.

Plusieurs vagues de choléra ont également balayé la Roumanie : la première en 1831, à Iasi, ville du nord-est de la Moldavie ; la deuxième en 1847, dans la ville de Galati, emmenée probablement par des navires en provenance de l’Empire ottoman ; la troisième en 1913, pendant la guerre des Balkans. Lors de ce dernier épisode le nombre de malades a été limité par les progrès médicaux et le vaccin trouvé par le médecin Ioan Cantacuzino – personnage clé, impliqué également dans les mesures de protection sanitaire et dans les recherches médicales pendant l’épidémie de typhus, durant la Première Guerre Mondiale.

Clker-Free-Vector-Images
Par Clker-Free-Vector-Images, Pixabay.

Si pendant les premières épidémies, les personnes utilisaient des remèdes « de grand-mère » à base d’eau de vie, de vinaigre, d’huile d’olives ou encore de poudre à fusil, les avancées scientifiques et les progrès effectués dans le domaine de la médecine ont aidé à éradiquer presque entièrement ces maladies.

Un mot d’espoir

Une fois de plus, l’histoire nous montre les épisodes difficiles, douloureux, que l’humanité a dû affronter. Mais aussi l’espoir d’un lendemain meilleur, à la façon du renouveau que le printemps nous offre chaque année. Et comme par le passé, nous saurons aller de l’avant.

Soyons solidaires et bienveillants envers ceux qui, comme nous, vivent cette étrange réalité qu’est le confinement… ; sachions préserver un regard ouvert, curieux sur le monde qui nous entoure, malgré la peur de la maladie… ; soyons reconnaissants envers celles et ceux qui prennent soin de nous, de nos familles, envers les chercheurs qui, dans la course contre la montre, tentent de trouver un remède à ce nouveau virus… En attendant des temps meilleurs, restons à l’abri dans nos maisons et prenons le temps de vivre et de revenir à l’essentiel.

 

 

« […] Ce beau temps me pèse et m’ennuie.
– Ce n’est qu’après des jours de pluie
Que doit surgir, en un tableau,
Le printemps verdissant et rose,
Comme une nymphe fraîche éclose
Qui, souriante, sort de l’eau. »

( extrait du poème « Avril » de Gérard de Nerval, source http://www.eternels-eclairs.fr )

 

Sources : adevarul.ro, unibuc.ro, storymaps.arcgis.com, wikipédia.org, revistapolis.ro.

Image à la une : par JL G, Pixabay.

Laura-Andreea TRICHARD

Laura

Originaire de Vrancea, en Roumanie.
J’habite en France, dans la Drôme, avec ma famille. Passionnée de littérature, écriture, photographie et plus généralement par l’art, je suis heureuse de participer à ce projet et, à travers mon expérience et mon regard, offrir un autre point de vue sur mon beau pays qu’est la Roumanie.

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2 commentaire

  1. Bonjour Laura,

    Merci beaucoup cet article parfaitement documenté. Un gros travail de recherche et de réflexion! Bravo!
    Prends soin de toi et de tes proches!
    Bisous

  2. On parle beaucoup de la grippe espagnole qui a fait des ravages à la fin de la première guerre mondiale mais moins du typhus effectivement ! Excellent article Laura !

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