Depuis l’adhésion de la Roumanie à l’Union Européenne, le nombre de mariages mixtes augmente chaque année. Pourtant, partager sa vie avec quelqu’un venu d’ailleurs n’est pas toujours simple.

         C’est le cas de Laura, une roumaine (mère au foyer), de 27 ans, mariée avec un français, depuis 7 ans, François (éducateur spécialisé), de 30 ans. Laura et François vivent tous les deux aujourd’hui en France, et la réussite de leur couple passe avant tout par l’ouverture d’esprit, par des concessions et par la connaissance et le respect des coutumes de l’autre. Au sein de leur famille la différence et la culture de l’autre sont placées sur le même piédestal.

         Pour tout savoir à ce sujet, il vaut mieux laisser la plume à Laura-Andreea Trichard. C’est elle qui connaît le mieux cette histoire. Cependant, avant de lui passer le clavier, j’en profite ici pour la remercier de ses efforts ainsi que d’avoir rédigé ce texte pour notre site. D’ailleurs, Laura rédigera de temps en autre d’autres textes pour notre site ce dont je lui suis infiniment reconnaissante. Merci beaucoup Laura !

Couples franco-roumains, le témoignage de Laura-Andreea Trichard

« Toutes les routes mènent à Rome »

Rêves

Il était une fois une petite fille, assise aux pieds d’un pommier, une coccinelle sur le bout des doigts.

« Gargarita rita
Zboara-n poienita,
Unde vei zbura
Acolo va fi casa mea. »

(Coccinelle, -nelle/ Vole jusqu’à la prairie/ Là où tu voleras/ Je trouverai mon « chez-moi »).

Insecte
Image par ariesa66 de Pixabay

         La coccinelle s’envole, portée par le vent, vers une destination encore inconnue, traversant montagnes, rivières et vallées… Peut-être que quelque part dans ce vaste monde, un petit garçon accueille chez lui l’insecte, en attendant que le son du battement du cœur de son amoureuse lui parvienne de loin.

Été 2011. La chaleur est insupportable à Rome. Je viens d’avoir mon Baccalauréat. L’Italie est, depuis huit ans, mon deuxième pays, l’endroit où j’ai vécu, avec ma famille, mon adolescence, mes années de jeune fille tourmentée. Je rêve, depuis longtemps déjà, de contrées lointaines où vivre une vie qui me correspondrait mieux, mon quotidien me collant à la peau, comme un habit trop serré. On me dit souvent que je dois être plus pragmatique, descendre les pieds sur terre et avoir un but précis dans la vie : la réussite professionnelle. Mais je suis égarée dans mes rêves de jeunesse, portée par les héroïnes de mes romans, la jolie Marguerite Gautier que j’aime tant.

         J’ai grandi à l’ombre des langues étrangères, que j’ai commencé à apprendre depuis l’âge de sept ans. D’abord en Roumanie, mon pays d’origine, puis en Italie. A l’école, lors de cours particuliers, mes parents m’ont poussée à cultiver ces savoirs, en traçant, au-même temps, une route que je devais suivre, mais que je commençais à ressentir comme « imposée ».

         Cet été-là, je devais partir en Roumanie, pendant les vacances d’été, mais je décidai de rester à Rome, pour préparer mes examens d’admission à l’Université.

      1000 kilomètres plus loin, un jeune homme, aide-éducateur dans le secteur du handicap, devait choisir d’accompagner un groupe d’usagers dans un voyage, en France ou à l’étranger. Après quelque temps de réflexion, c’est finalement Rome qu’il choisit comme destination, avec un groupe de jeunes gens en situation de handicap. Encore aujourd’hui, il dit avoir ressenti quelque chose d’indéfinissable qui l’appelait là-bas.

Première rencontre

Août 2011. Le téléphone de ma mère sonne : l’un de ses amis lui demande de l’aide pour accompagner un groupe de français, en vacances en Italie, lors de visites touristiques. Ma mère lui propose de m’emmener moi, afin de me permettre d’exercer la langue française que je parle déjà, un peu.

rencontre nocturne
Image par Bing N. de Pixabay

Et c’est ainsi que je rencontrai François, jeune français à l’accent charmant et au regard profond. Le lien est indissoluble au premier contact visuel, au premier toucher de mains pour se dire « bonjour ». Un premier baiser, dans les escaliers qui mènent à la coupole du Vatican scelle notre relation, qui débute avec des petites maladresses, souvent liées à la différence de langue. A titre d’exemple, une conversation, lors d’un repas, avec l’ensemble du groupe : nous cherchant tous les deux du regard, nous décidons de nous isoler des autres, pour quelques minutes d’échanges plus intimes. Je fais part à François du fait que ce serait un plaisir pour moi de le revoir, si un jour il veut visiter l’Italie, en dehors du cadre du travail. A cela, il répond : « Merci, mais si je reviens, cette fois-ci, je ne serai pas seul, nous viendrons à deux. » Persuadée qu’il était en couple et que je venais de l’inviter, chez moi, avec sa compagne, je retourne à table, gênée et fâchée de ne pas avoir ma chance avec lui. C’est à ce moment-là qu’il sort de sa poche son téléphone et qu’il montre à ses collègues de travail et à moi-même une photo de lui et de son petit garçon, alors âgé de trois ans. Le mystère se dissout, je recolle mon sourire sur les lèvres, soulagée d’apprendre qu’il est père, qui plus est, célibataire!

         Une photo souvenir, de ce qui devait rester un amour de vacances, et quelques confidences plus tard, il avoue m’imaginer avec son petit Soan, en train de lui apprendre ma langue, ma culture et la passion pour la lecture.

Nous nous disons « au revoir » quelques jours plus tard, avec une infinie tristesse. De mon côté, je sais, que cette belle parenthèse a pris fin, que les contacts se feront rares, d’autant plus que, lorsqu’on parle une autre langue, le contact par téléphone est compliqué.

S’aimer au-delà des différences

amour
Image par Karen Warfel de Pixabay

Deux mois s’écoulent, je lui rends visite, il me rend visite… Et c’est lors de son dernier voyage à Rome que je décide de tout quitter et de partir avec lui ! Nous nous sommes mariés le printemps suivant et nous fêtons nos huit ans de relation, cette année. Le chemin a été long, semé d’embûches, jusqu’à aujourd’hui : une relation conflictuelle avec ma famille d’origine, qui a mal accepté mon départ, des regards négatifs sur notre relation et mes intentions envers François de certaines personnes de son entourage qui pensaient que je faisais tout cela pour avoir des documents et une meilleure vie en France. Mais aussi des désaccords au sein du couple, à cause de nos caractères qui sont, sous certains aspects très différents, auxquels il faut ajouter la différence d’éducation, de mode de vie et de points de vue de deux êtres issus de deux cultures différentes, bien que similaires en terme de valeurs.

Nous avons douté, parfois. Mais, avec du dialogue, nous avons su trouver les mots justes, pour se parler, pour comprendre l’autre aussi ! L’éloignement avec ma famille, avec mon Pays, m’a apporté beaucoup de solitude, mais aussi une force supplémentaire : je ne pouvais pas « claquer la porte » et rentrer chez moi. Il fallait qu’ensemble, nous serions les dents, en essayant de trouver une solution et rendre notre relation encore plus forte et durable. Comme dirait la citation : « […] lorsque quelque chose se casse on le répare, on ne le jette pas. »

Route sinueuse

         En 2016 nous décidons d’agrandir notre famille, cultiver cet amour que l’on ressent l’un pour l’autre. Après des problèmes de santé de mon côté, nous sommes menés à vivre l’expérience de la fécondation en vitro, pour avoir notre bébé. Au printemps 2016, mon ventre est habité, je me sens en accord avec le reste de la nature qui se réveille et qui accueillie la vie, après un rude hiver.

Le verdict tombe quelque mois plus tard : notre petit Nino a un souci de santé, nous décidons d’avoir recours à une interruption médicale de grossesse. Quelque mois plus tard, nous perdons un deuxième bébé, à seulement quelques semaines de grossesse, nous nous accrochons à la vie, difficilement, à l’amour que nous ressentons l’un pour l’autre et que nous avons construit, pierre après pierre, au sein du couple, mais aussi au sein de la famille que nous formons à trois, avec Soan. Et c’est ainsi que, en novembre 2017, Victor-Paul est arrivé dans nos vies ! Il fait de nous, des parents heureux et de son grand-frère, un frère exceptionnellement présent et attentionné.

enfant
Le petit Victor Paul
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Soan et son petit frère Victor – Paul

Melting-pot

        Il n’y a pas de morale de l’histoire, une histoire d’ailleurs qui est pour nous unique, puisque c’est la nôtre. Mais pour bien d’autres, elle peut paraître banale. J’emmène, au sein de ma famille, de mon couple, celle que je suis et il en vaut de même pour chaque membre, qu’il soit adulte ou enfant. Chez nous, on mange « sarmale », on boit « visinata », mais nous aimons aussi recevoir nos amis autour d’une bonne raclette.

Lorsque mon beau-fils fait une leçon sur l’Italie, à l’école, et que l’enseignante lui demande s’il connaît le nom d’un plat italien, il est fier de dire que « oui » et même qu’il adore « chiftele »… Chez nous ça parle français, mais lorsque nous partons en Roumanie, dans ma famille, nous savons apprécier l’odeur de la campagne, qu’elle soit faite de fleurs ou de fumier. Chez nous, nous avons envie de transmettre les vraies valeurs aux enfants, avoir des véritables réflexions sur le sens que nous voulons donner à la vie. Ce sont les moments difficiles qui restent aussi, gravés dans la tête et dans le cœur, mais qui font de nous ceux que nous sommes aujourd’hui. Mi-français et mi-roumains, avec quelques touches de la belle Italie qui a permis nôtre rencontre.

Nous vivons et ressentons, comme dirait mon époux, « l’amour universel », celui qui ne connaît pas de frontières, de peur de la différence de l’autre ou de barrière de la langue. Et nous sommes reconnaissants à la vie !

famille
Soan, Laura, le petit Victor-Paul et François

Courte présentation

Laura-Andreea Trichard, originaire de Vrancea, en Roumanie.

J’habite en France, dans la Drôme, avec ma famille. Passionnée de littérature, écriture, photographie et plus généralement par l’Art, je suis heureuse de participer à ce projet et, à travers mon expérience et mon regard, offrir un autre point de vue sur mon ce beau pays qu’est la Roumanie. »,

Laura-Andreea Trichard

6 thoughts on “Mariage franco-roumain, le témoignage de Laura

    1. Bonsoir partenaire,

      Je suis entièrement d’accord avec toi! C’est une très belle famille! Puis j’avoue aussi que le plume de Laura m’a complètement séduite. Je me joins à toi pour leur souhaiter la bienvenue :-).

      Très bonne soirée à toi Pat!
      Bisous

    1. C’est une très belle histoire, je suis entièrement d’accord avec toi☺. Merci beaucoup de ta contribution à cet article !
      A bientôt de l’autre côté !
      Bisous

  1. Une fort belle histoire qui montre que l’amour, grâce à la compréhension, la tolérance et le dialogue peut surmonter bien des différences et se renforcer au fur et à mesure.
    Les épreuves traverses par le couples ont été vécues à deux, l’un venant aider l’autre à supporter ces épreuves difficiles.
    Au final, on se trouve avec un couple solide qui a vaincu tous les obstacles pour finir par prouver que leur amour était réel et surtout le plus fort.
    Je comprends d’autant plus ce couple que je suis dans le même cas que lui, ma femme étant d’origine étrangère, d’un autre milieu social, que nous avons dû faire face à l’opposition e nos familles respectives et que nous avons attendu 8 ans avant de pouvoir devenir parents.
    Nous avons fait mentir tous ceux qui étaient contre puisque nous sommes mariés depuis 29 ans !

    1. Votre histoire d’amour est tout aussi magnifique Trigwen ! L’amour n’a pas de frontières ! Merci beaucoup de votre témoignage !
      Très bonne journée à vous Trigwen !

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