­ Introduction

Peut-être, certains d’entre vous se sont-ils déjà posé la question de savoir pourquoi certains pays de l’est de l’Europe, parmi lesquels la Grèce, une partie de l’ex URSS, la Roumanie, l’Albanie… sont dits de confession chrétienne orthodoxe ? Et, en quoi cela diffère-t-il du catholicisme latin plus commun en Europe occidentale ?

Pourtant historiquement, la religion chrétienne qui s’est répandue durant les derniers siècles de l’empire romain était la même partout. Elle suivait les principes disséminés autour du bassin méditerranéen par les premiers apôtres et disciples du Christ à Éphèse et Antioche (Turquie), à Corinthe, Thessalonique (Grèce), à Jérusalem (Israël) à Alexandrie (Égypte)…

L’empire romain d’orient

En réalité tout commence avec la décision de l’empereur romain Constantin, en 330, devant l’étendue d’un empire vaste et difficile à gouverner, de construire une nouvelle capitale aux confins de l’empire sur l’emplacement d’une ancienne colonie grecque nommée Byzance, et de l’appeler Constantinople.

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Constantin 1er – détail de la mosaïque de l’entrée sud-ouest de Sainte-Sophie (Istanbul, Turquie)

Au cours des siècles suivants, et malgré la dislocation de l’empire romain d’occident tombé sous les invasions barbares des (Suèves, Vandales, Wisigoths, Burgondes, et autres Lombards…), Constantinople au sein de l’Empire romain d’Orient (surnommé « byzantin » à partir du XVIe siècle), maintient l’Empire romain et son influence dans la moitié orientale des possessions de Rome jusqu’à sa propre chute en 1453.

La religion officielle est le christianisme, qui s’y développe favorablement malgré les influences nombreuses des peuples slaves et Ottomans qui revendiquent leur place dans la région.

Ensuite, alors que l’église romaine apostolique se reconstruit à l’ouest grâce à l’appui des puissances politiques occidentale, (de Charlemagne, des rois successifs de France d’Espagne et d’Italie…), Rome, tente de rétablir son influence religieuse sur les communautés orientales par des alliances, des compromis auxquels la partie orientale même déclinante se refusera.

Le grand schisme ou schisme d’orient

En 1054, sur la base de nombreux désaccords portant sur le dogme mais aussi sur la politique, l’église d’orient se sépare de l’église d’occident.

Elle désire rester fidèle aux principes énoncés lors des sept premiers conciles œcuméniques uniquement

Ses adeptes, refusent l’idée d’un purgatoire, le célibat systématique des prêtres, le « filioque », (l’idée que le Saint-esprit de la Trinité procède du Père et du fils avec ses résultantes : si le Saint-Esprit procède de Dieu et du Christ, cela implique que le fils (que symbolisent ses représentants sur terre)), peuvent décider qui doit être sauvé parmi les âmes humaines, chrétiennes ou non, que l’on peut convertir de force, justifier ainsi l’inquisition, l’expansion militaire du christianisme par les croisades… Cette question de la trinité sera longtemps débattue mais pour les chrétiens d’orient seul Dieu est maître et tout puissant dans ses décisions.

Sur le plan de son organisation, l’église d’orient refuse la primauté du pape sur les autres patriarches. Le pape est un patriarche comme les autres, ni plus ni moins. L’Église du premier millénaire ne connaît pas de direction unique (il y a 5 Patriarches : à Jérusalem, à Rome, à Constantinople, à Antioche et à Alexandrie).

Eglise Orthodoxe
Image par falco de Pixabay : Église orthodoxe de Bucarest

Sur le plan politique, l’accord entre l’Église et l’État est possible puisque l’Empire d’orient demeure un État de droit régi par le code justinien. Les empereurs, ou basileus, sont non héréditaires (même s’il y eut des dynasties) et règnent « par la volonté du Sénat et du Peuple romain »: ils ne sont pas les « représentants » de Dieu sur terre mais ses « esclaves ».

Après le Schisme, les quatre autres Patriarches restent fidèles à cette théologie et à ce droit canon initial (issu des sept premiers conciles et d’eux seuls), formant l’Église orthodoxe.

Étymologiquement, le terme « orthodoxe » vient du grec ortos (orthos) qui signifie droit, juste et doxa (doxa) qui signifie croyance. L’orthodoxie signifie ainsi la vraie croyance et désigne les Églises demeurées fidèles à la foi des premiers conciles. L’église orthodoxe est dans la continuité ininterrompue de l’Église primitive.

L’importance des icônes

L’une des grandes différences entre les églises d’orient et d’occident apparaît assez rapidement dans l’expression de l’art religieux. A l’ouest comme à l’est la religion subit les influences de l’art ancien grec, mais à l’ouest, c’est davantage au travers de la sculpture et de la peinture en tant que représentations artistiques de la perfection divine que l’art s’imposera.

A l’est, passée la période iconoclaste d’avant 787, l’art des icônes et des mosaïques prendront un sens plus spirituel car l’image est pour eux porteuse d’un message, d’un enseignement que le langage ou l’écriture ne peuvent rendre aussi clair et limpide.

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Image par 4222320 de Pixabay

D’ailleurs, encore aujourd’hui, en France l’icône n’est qu’une représentation symbolique alors qu’elle reste pour les chrétiens orthodoxes purs, objet d’adoration, de communion.

L’orthodoxie de nos jours

L’affaiblissement des convictions religieuses ou sa diversification…au sein des églises chrétiennes touchent autant aujourd’hui l’église latine que l’église orthodoxe.

Les orthodoxes seraient encore à peu près 285 millions dans le monde répartis au sein de 14 églises autocéphales, (c’est à dire qu’elles ont le droit de nommer leur primat), dont l’Église roumaine fondée par l’apôtre André au premier siècle. Le patriarche actuel en est Daniel depuis 2007.

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Le Patriarche Daniel de Roumanie
Par Sorinionite — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=62845675

Chaque église autocéphale peut elle-même regrouper d’autres églises, mais ce qui caractérise l’ensemble, est l’unité de dogme et de liturgie qui persiste malgré une organisation parfois complexe.

Les primats et évêques selon leur nom se réunissent en synodes et l’instance supérieure en est le concile œcuménique seul apte à rendre des grandes décisions en collégialité.

La liturgie avec le temps a évolué et se distingue de la liturgie occidentale par certaines caractéristiques :

  • Les gens se signent de droite à gauche.
  • Lors des offices les gens se tiennent debout et ne s’agenouillent pas.
  • Les chants revêtent un caractère sacré de véritable prière le plus souvent sans musique.
  • La durée des célébrations souvent plus longue en fonction de la liturgie attachée au jour et éventuellement à la fête.

Références :

L’iconographie:https://www.pagesorthodoxes.net/eikona/icones-sens.htm

Le schisme de 1054: https://hellenica.fr/religion-orthodoxe/

L’église orthodoxe: https://fr.wikipedia.org/wiki/Église_orthodoxe

Pat, le rimenaute

4 thoughts on “Religion : la Roumanie dans l’orient orthodoxe

    1. Oui, on parle beaucoup en Europe des relations entre christianisme et Islam où on se réfugie derrière la laïcité pour éviter d’aborder les sujet religieux et spirituels classiques et on n’aborde plus des questions internes à l’Europe. C’est dommage. Elles font partie à la fois de notre histoire mais aussi de nos interrogations dans un monde très matérialiste.

  1. Déjà, félicitations pour cet article concis, concret, intéressant et fort bien documenté. J’ai appris plein de choses. Et j’aime ça. Apprendre.
    J’avais quelques vagues connaissances sur l’église orthodoxe, ayant une amie-collègue qui a grandi dans un pays à la foi orthodoxe.
    Pour ma part je suis agnostique, mais me suis toujours intéressée aux différentes religions et leur histoire. Car il ne faut pas omettre qu’elles ont un impact non négligeable sur l’Histoire.
    Merci, Pat pour ce travail instructif 🙂

    1. Je suis de ton avis. Peu importe ses propres croyances, l’église a exercé et exerce toujours un rôle non négligeable dans la vie des gens et même son patrimoine architectural, culturel …est riche dans tous les sens du mot.

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