Eminescu, le dernier romantique

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Mihai Eminescu fut (est) car les génies sont éternels, et aux dires des spécialistes de littérature et des Roumains eux-mêmes, le plus grand de leurs poètes, une fierté nationale, au même titre que le sont pour les Français, Victor Hugo ou Arthur Rimbaud.

D’ailleurs les nombreuses effigies le représentant en Roumanie, les statues à sa gloire le prouvent qui trônent jusqu’à l’étranger, à Vevey (Suisse), à Montréal ( Place de la Roumanie, sculpture réalisée par Vasile Gorduz) et Paris (Rue des écoles, par Ion Vlad)…

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Onesti (Roumanie)                                          Montréal (Québec)

Eminescu de son vrai nom Mihail Eminovici est né en 1850 à Botosani et son œuvre teintée du plus pur romantisme est restée méconnue en France. Les raisons en sont que le mouvement romantique parvenait à l’époque à sa fin, contesté dans ses formes jugées trop lyriques, trop classiques, solennelles.

J’ose espérer, personnellement, qu’il n’en est rien et que l’évolution des modes et courants de pensées redonneront un jour au romantisme l’éclat des ses beaux jours, ne serait-ce que parce que l’amour dans son expression passionnelle, fantasmée, reste une facette magnifique de l’âme humaine comme aussi le thème intemporel de la nature bienfaitrice…

La seconde raison c’est bien entendu qu’une poésie déclinée en langue roumaine n’a pu avoir à son époque la même influence qu’elle n’aurait eue en Français.

Aujourd’hui les nombreuses traductions réalisées permettent de mieux apprécier les splendeurs de ses vers qui ont permis de concilier, le côté féerique oriental de la poésie, le côté latin par les allusions divines et jusqu’à la forme de l’écriture (sujets et compléments inversés jusque dans les traductions) exemple tiré de Hypérion, site amour.ro :

« …Elle regardait d’un sourire

Dans la glace il frémissait,

A son cœur il voulait s’unir

Dans le rêve aux forts attraits… »

et même le côté slave de la réflexion philosophique et mystique sur les amours contrariées, éphémères, impossibles, sur le destin triste de l’homme.

Et celle-ci m’a plu dans la mesure où sa verve n’est plus extatique mais pondérée de réalisme un peu désabusé sans doute mais plus conforme à la vision d’aujourd’hui.

Quoiqu’il en soit l’œuvre pléthorique de Eminescu a forgé l’âme roumaine en lui donnant une unité et une identité qu’elle ne possédait sans doute pas avant et son romantisme largement inspiré de nos propres racines latines rapproche la culture roumaine de la culture française.

Malheureusement Eminescu a disparu trop tôt, en 1889, à 39 ans, malade physiquement et surtout mentalement, comme beaucoup de génies disent certains, d’un esprit trop grand et trop passionné dans une enveloppe charnelle trop petite…

Son œuvre principale ; Hypérion à l’origine Luceafãrul en roumain est un poème énorme de 392 vers…qui relate les amours d’une étoile divine avec une mortelle qui lui propose pour l’aimer d’abandonner son immortalité. Mais le démiurge qui doit lui accorder lui montre l’inconstance de sa bien-aimée tombée dans les bras d’un autre, et il renonce…

Je vous en conseille la lecture, voici le lien…http://www.pruteanu.ro/7merita/luceafarul-gp.htm, l’une des meilleures traductions de 1970 par George Pruteanu.

Mais c’est un autre poème, plus court, que je soumets à votre appréciation, l’un de ceux qui m’ont particulièrement séduit dans mes lectures (traduction par Michel Steriade)

Le soir, sur la colline 
*
Le soir, sur la colline, le buccin sonne avec peine. 
Des troupeaux montent la sente d’étoiles parsemée, 
Les eaux pleurent en jaillissant claires, dans les fontaines. 
Sous un acacia tu m’attends, ma douce Bien Aimée.

 *
La lune passe dans le ciel, sainte, limpide !
Tes grands yeux regardent le feuillage, s’y plongent,
Sur la voûte sereine des astres naissent, humides,
Ton cœur est plein de désirs, ton front lourd de songes 

*
Des nuages glissent et des rayons les transpercent. 
Les maisons vers la lune lèvent d’anciens auvents. 
Dans la brise légère le balancier du puits grince. 
Le vallon fume. Dans un enclos une flûte s’entend.
*
Des hommes harassés, l’épaule alourdie, 
Rentrent des champs. Les sonnailles sonnent, se pâment 
Ainsi que la cloche antique dans l’air assoupie. 
Mon âme brûle d’amour comme une flamme.
*
Bientôt se calmeront le vallon, le village. 
Bientôt mes pas fébriles vers toi seront plus pressés. 
Toute une nuit, près du tronc couvert de branchages, 
Je te dirai combien tu m’es chère, ma douce Bien Aimée.
*
En appuyant nos têtes, l’une contre l’autre,
Souriants nous dormirons, veillés par notre
Vieil acacia… Et pour une nuit si riche et plénière
Qui ne donnerait, en échange, sa vie toute entière… ?

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Article rédigé par Pat le 13/08/2017

3 thoughts on “Eminescu, le dernier romantique

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