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Constantin Brâncuși, souvent désigné en français par son seul nom de famille, Brancusi, né le 19 février 1876, à Hobița (de) dans le département de Gorj, en Roumanie, et mort le 16 mars 1957, à Paris, fut l’un des sculpteurs les plus influents du début du xxe siècle. Il est considéré comme ayant poussé l’abstraction sculpturale jusqu’à un stade jamais atteint dans la tradition moderniste et il a également ouvert la voie à la sculpture surréaliste, ainsi qu’au courant minimaliste des années 1960.

 

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L’atelier Brancusi à Paris (1923).
L’atelier de Brâncuși sera lui-même une œuvre d’art à part entière. L’artiste expose dans son atelier. Chaque œuvre occupe une place bien définie. Déplacer une seule de ces œuvres serait pour lui rompre l’harmonie qui règne dans ce lieu. C’est pourquoi les photographies prises par l’artiste dans son atelier sont un apport inestimable pour la compréhension de son œuvre.

Au cimetière du Montparnasse à Paris, où Brâncuși est enterré (18e division), on peut voir dans une autre partie du cimetière (22e division, au nord du petit cimetière) Le Baiser, une de ses sculptures qui est une des œuvres les plus célèbres de cette nécropole, sur la tombe de Tania Rachevskaïa.
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Une des œuvres principales de Brâncusi est l’Oiseau dans l’espace. Elle est constituée de plusieurs variantes. La volonté du sculpteur était de recréer l’envol d’un oiseau. Cette série a débuté avec la Maïastra, qui fut l’idée première de la série Oiseau dans l’espace. Il associe le vol et son contraire en souhaitant représenter l’« essence du vol ».

« Je n’ai cherché pendant toute ma vie que l’essence du vol. »

Cette série prendra 32 ans de sa vie (de 1919 à 1941). Après 27 pièces de marbre et de bronze, le sculpteur termine sa série en 1941.

« J’ai voulu que la Maïastra relève la tête sans exprimer par ce mouvement la fierté, l’orgueil ou le défi. Ce fut le problème le plus difficile et n’est qu’après un long effort que je parvins à rendre ce mouvement intégré à l’essor du vol. »

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Très tôt, les sculptures de Brâncusi ont suscité de nombreuses critiques. Dès sa première exposition à New York en 1913, l’artiste est confronté à de multiples appréciations incongrues, telles que « un œuf dur sur un morceau de sucre » ou bien « une descente d’égout accouplée à une cotte de mailles ». La raison de ses critiques n’était autre que la démarcation et l’abstraction des œuvres de l’artiste et ne correspondaient pas à la notion de l’esthétique, telle qu’elle était admise en 19266.

En effet, l’épure très poussée, ainsi que les variations avec lesquelles il travaille, dérangent quelque peu les conceptions traditionnelles de la sculpture. Il change ses œuvres de socle, de position, de lieu et les photographie, de sorte qu’il travaille aussi en mettant en relation ses sculptures avec le domaine de l’image, pour faire jaillir d’elles quelque chose de nouveau à chaque entreprise (lumière et espace deviennent ainsi des enjeux importants). Si certains se rient du Roumain, lui n’en tient pas compte et œuvre avec foi sur ces projets éminemment modernes dont l’accomplissement, de par leurs lisseurs polies et leurs allures abstraites, semblent tenir de l’absolu.

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Brâncuși contre les États-Unis
En 1927, à la suite de la réception d’un objet, dont les autorités douanières des États-Unis (l’United States Customs Service) ne savaient dire s’il s’agissait d’une œuvre d’art ou bien d’une pièce de métal, le célèbre procès « Brâncusi contre États-Unis » s’ouvre afin de donner une nouvelle définition de l’art.

Ladite pièce fait 1,35 mètre de long, est de forme mince et fuselée et est polie comme un miroir sur toute sa surface. Si pour certains elle ne semble être rien de plus qu’un objet manufacturé — dont on ignore cependant l’utilité —, pour d’autres il s’agit d’une œuvre d’art dont la beauté est égale à celles exposées dans les musées les plus connus du monde.

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La volonté première de ce procès est surtout de poser les questions suivantes : « Quels sont les critères pour juger de la notion d’œuvre d’art ? », « À quoi reconnait-on l’artiste ? », « Qui est juge en la matière ? ».
Depuis 1913, la législation américaine exonère de droits de douane tout objet ayant le statut d’œuvre d’art. Cela inclut donc que les œuvres de Brâncusi doivent être reconnues comme œuvres d’art afin de ne pas être taxées. De 1914 à 1926, l’œuvre de Brâncusi commence à devenir de plus en plus abstraite.

C’est en 1926 que débute vraiment le problème de reconnaissance des œuvres de Brâncusi. Il ne s’agit pourtant pas de la première déconvenue entre Brâncusi et les douanes américaines. Auparavant, l’artiste avait à ses côtés l’avocat John Quinn, également collectionneur des œuvres de Brâncusi, qui indiquait qu’il s’agissait d’œuvres d’art à chaque arrivée d’œuvre dans le pays. Mais à la suite de son décès précoce, les œuvres ne peuvent plus bénéficier de cette protection. C’est pour cette raison qu’en octobre 1926, à la suite de l’arrivée d’une vingtaine d’œuvres sur le territoire américain, les autorités douanières restent perplexes et saisissent les sculptures.

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Afin de récupérer ce qui lui appartient de droit, Brâncusi est sommé de payer la somme de 4 000 dollars. Grâce à des interventions de personnes influentes, les frais sont annihilés. Cependant les douanes américaines décident de taxer de 40 % de leur valeur les pièces qui seront vendues sur le territoire américain. En faisant cela, les autorités ne reconnaissent pas le statut d’œuvre d’art aux pièces de Brâncusi. Le problème éclate lorsqu’Edward Steichen, vieil ami de Brâncusi, doit payer 240 dollars pour conserver le bronze, Oiseau dans l’espace, qu’il possède.

En apprenant la nouvelle, Brâncusi demande à son ami Marcel Duchamp de réagir, afin de pouvoir réparer l’erreur commise et « exposer publiquement le tout ensemble ». Par la suite, d’autres sculptures de Brâncusi sont saisies par la douane et Duchamp finit par faire appel. De nombreux noms du monde de l’art à New York sont mobilisés et l’Oiseau de Steichen est utilisé en guise de pièce à conviction. L’enjeu n’est pas simplement lié à la seule pièce qu’est l’Oiseau, mais plutôt à tout le monde de l’art et à la libre circulation des œuvres.

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Le jugement est rendu le 26 novembre 1928 et déclare que l’objet présenté ici, l’Oiseau dans l’espace, est bien une œuvre d’art. Le juge affirme qu’une « école dite d’art moderne s’est développée dont les tenants tentent de représenter des idées abstraites plutôt que d’imiter des objets naturels. Que nous soyons ou non en sympathie avec ces idées d’avant-garde et les écoles qui les incarnent, nous estimons que leur existence comme leur influence sur le monde de l’art sont des faits que les tribunaux reconnaissent et doivent prendre en compte9 ». On assiste à la reconnaissance d’une nouvelle conception de l’art et son intégration dans le domaine juridique.

En raison de son caractère purement esthétique, de sa beauté, et du fait que son auteur est un artiste professionnel, la sculpture est considérée comme une œuvre d’art et bénéficiera de la franchise douanière prévue par le tarif Fordney-Mac Cumber de 1922.

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Le procès Brâncusi contre les États-Unis a une influence dans le domaine juridique et dans celui de l’art. Le droit se heurte à la définition de l’art et à son évolution, qui n’a pas cessé de modifier les critères de qualification de l’œuvre d’art. Marcel Duchamp et ses ready-mades ont remis en question la conception de l’art qui prévalait jusqu’alors. En effet, l’art conceptuel suit des règles différentes de celles de l’art qui existait jusqu’alors. Les frontières de l’art sont élargies pour intégrer une nouvelle conception de l’art qui cherche à représenter des idées abstraites plutôt qu’imiter la nature. Le verdict du procès mène vers une remise en cause des critères d’appréciation des douanes et vers une nouvelle vision de l’art, ou du moins vers un élargissement des limites de ce qui peut être considéré comme artistique. La loi s’adapte aux nouvelles pratiques artistiques et reconnaît une nouvelle définition de ce qu’est l’art.

« La sculpture, bien que ne présentant pas de ressemblance évidente avec un être vivant […] a été déclarée en tant qu’œuvre d’art, et bénéficie donc d’une franchise douanière totale en vertu de l’article 1704 du Tariff Act de 1922. Elle a été taxée par l’inspecteur des douanes à 40 % de sa valeur au titre d’objet métallique relevant de l’article 399 de ladite loi. L’article dispose que sont considérées comme des sculptures “des productions de sculpteurs professionnels en bronze, en marbre, […] taillées ou sculptées, et en tout cas travaillées à la main […]”. »

 

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Gilbert Tharel alias Maitre Renard , avec le concours, entre autres, de Wikipedia

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11 thoughts on “Un sculpteur roumain de génie: Constantin Brancusi, de l’abstrait au surréalisme et au courant minimaliste.

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