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Virgil Ghéorghiu en 1979

Virgil Ghéorghiu ou l’âme roumaine

*Pour évoquer l’histoire et l’âme roumaine qui de mieux que le talentueux écrivain roumain Virgil Ghéorghiu. Son œuvre du milieu du 20ième siècle assure à merveille la transition entre une Roumanie ancienne, religieuse, superstitieuse et traditionnelle, dirigée d’une main de fer par des régimes successifs despotiques hérités de la longue domination ottomane sur la région jusqu’à la première guerre mondiale…et une période de promesse d’ouverture vers l’occident moderne interrompue par le ‘règne’ rétrograde du dictateur Ceausescu pour finalement déboucher sur la Roumanie d’aujourd’hui qui peine à s’extraire du marasme économique il est vrai, général en Europe…mais qui possède une réelle volonté d’accéder à plus de liberté et de prospérité.

Virgil Ghéorgiu est né en 1916 à Valea Albã dans la province Moldave de Roumanie. Après des études en philosophie et théologie, il exerce les fonctions de secrétaire de légation pour les relations culturelles au ministère des affaires étrangères de Roumanie. Il est interné durant la guerre jusqu’en 1947 en raison de son statut de diplomate, accusé d’avoir collaboré avec l’Allemagne nazie, avant d’être libéré par les américains puis de s’installer en France où il prospérera en tant qu’écrivain mais aussi prêtre de l’église orthodoxe à Paris où il se fait ordonner. Il y meurt en 1992. Sa tombe est au cimetière de Passy.

Son œuvre : une dizaine de livres parmi lesquels le plus connu, « La vingt-cinquième heure » (récit autobiographique qui connut un immense succès à sa parution en 1949).

Pour ma part je viens de finir la lecture de deux ouvrages moins connus mais magnifiques et nécessaires pour apprendre l’âme roumaine :

  • Les immortels d’Agapia 1964

  • Le meurtre de Kyralessa 1966

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Source photo : Pixabay

Mon avis

Il s’agit d’enquêtes à rebondissements où se confrontent deux « castes » principales présentes au début du 20ième siècle en Roumanie, d’un côté des paysans asservis esclaves opprimés, dénués de tout bien matériel et réfugiés dans une religiosité superstitieuse et absolue, seul espoir pour eux d’accéder, au ciel ou ressuscités, à une meilleure condition.

Le coupable ne peut se trouver parmi eux car ils sont trop résignés et surtout ils ne sauraient se damner davantage. Pourtant…

De l’autre côté les despotes que l’auteur nomme satrapes et phanariotes, amassant les richesses du travail des esclaves. Ils sont issus des anciennes classes dominantes, nommés par des pachas ou des sultans turcs pour administrer des provinces trop lointaines, souvent héréditairement mais sont esclaves eux-mêmes de leurs pratiques et manquements, péchés, meurtres…Ils sont à priori intouchables. Pourtant…

L’auteur tient le suspens jusqu’à la fin et quelque soit le juge, le commissaire, le général menant l’enquête, Virgil Ghéorghiu nous fait partager les croyances et mœurs d’un peuple attachant et attaché à ses coutumes, la cruauté inimaginable de leurs bourreaux. Ils en ont fait des gens solides et courageux mais également trop naïfs.

Et pour l’auteur la solution réside inconditionnellement dans une civilisation instruite, l’éducation des masses mais en préservant l’esprit raisonné par Dieu et par lequel on obtient non pas une quelconque intelligence, non pas la connaissance seule qui n’est jamais que partielle mais la sagesse qui rend la vrai justice. Croyait-il cela possible ?

Oui ces romans sont passionnants, croustillants de propos et raisonnements sincères, instructifs, et nous plonge dans un monde mêlé de réalités cruelles et de légendes comme il convient pour un auteur natif du Nord des Carpates, la colonne vertébrale de la Roumanie.

Deux exemples extraits de ces deux livres, qui m’ont touchés, entre rire et larmes :

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Source photo : Pixabay

– Plaidoyer du maître d’école au préfet pour lui demander une salle d’école plus grande :

« La première année on a eu à l’école six élèves…On a fait une grande pièce. Puis on a entassé dix élèves. On a bâti un réduit pour le maître d’école, sur le côté ouest. Et on a entassé encore des élèves. Nous avons réussi à mettre vingt élèves. C’était le record. Maintenant, nous avons trente cinq élèves. Et cette fois, excellence, il est tout à fait impossible de les mettre tous dans l’école. Il y a une loi physique qui affirme que deux corps ne peuvent pas occuper en même temps la même place dans l’espace. Eh bien, excellence, nous avons transgressé cette loi de la physique, et nous avons fait que deux élèves occupent en même temps la même place dans l’espace. Puis nous avons continué à violer les lois de la physique, et nous avons obligé trois élèves à occuper dans le même temps la même place dans la salle de classe. Dans huit jours nous serons obligés de faire occuper par six élèves en même temps la même place dans la salle de classe. Et cette fois, excellence, je ne peux plus continuer le miracle…C’est la physique qui m’empêche, la loi d’Archimède et les autres lois que j’enseigne aux élèves… »

  • Des missionnaires offrent un taureau aux habitants du village pour féconder leurs vaches…

« Tous les habitants du village étaient autour de la pelouse appuyés aux grilles pour voir comment un taureau de race ensemence une vache paysanne des Karpates…Car pour eux c’était un jour de victoire. Mais le taureau est passé, méprisant près de la vache qu’on lui avait offerte. Avec dégoût. Le taureau n’a même pas voulu regarder la vache. On a essayé de le tenter. Inutile. Il n’aimait pas la vache qu’on lui avait présentée. On introduisit une deuxième vache. Même mépris. Le taureau qui était ici pour ensemencer les vaches du village et leur faire de beaux veaux ne voulait même pas les regarder. La différence de race et de classe était trop grande entre lui, taureau de race, taureau aspergé, bénit et soigné comme un prince et les misérables vaches étiques de Kyralessa. Le lendemain, on a passé nos vaches sous la douche aménagée pour le taureau, on les a lavées, peignées et ensuite on les a introduites dans le domaine du taureau. Il les a regardées avec mépris, bien qu’elles fussent lavées et peignées…On a tout essayé par la suite. On leur a mis des rubans rouges, bleus, tricolores, entre les cornes et au bout de la queue. Sans succès. Le taureau ne voulait pas les toucher. On a renvoyé le taureau, et on en a fait venir un autre. Puis un autre. Sans résultat. Ensuite, les paysans ont refusé de présenter leurs vaches au taureau craignant de perdre leur âme en lavant, en parfumant, en peignant leurs vaches, comme s’il s’agissait de putains… »

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Bonne lecture…,

Pat, le rimenaute

6 réponses sur « Virgil Ghéorghiu ou l’âme roumaine »

    1. Absolument, je t’assure que j’ai lu sans quasiment m’arrêter tellement c’est passionnant. et dans bien des domaines, il était en avance sur son temps pour décrire les investigations, envisager l’avenir des populations déshéritées. Ce sont aussi des récits d’aventures, celles du brigand Bogomil…Merci de ta confirmation.

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