L'Abbaye de Cârța Roumanie

Rencontrer le passé, à Cârța

Voir pour la première fois un lieu historique, lointain et esseulé, qu’on avait tellement envie de visiter, a plus d’un attrait: c’est une véritable rencontre pour laquelle on était préparé et séduit d’avance, un dialogue avec un passé, qui, sans être personnel, nous lie toute de même d’amitié avec les vieilles pierres et le paysage alentour; c’est aussi l’occasion d’un recueillement, en pensant à tous ceux qui y ont vécu… C’est, en même temps, une occasion de partager des impressions avec nos compagnons de route et de les fixer, en guise d’archive, sur des photos

Au milieu d’un village se hissent les imposantes ruines d’un ancien monastère cistercien. Au Sud de la Transylvanie, l’abbaye de Cârța (Kerz en allemand) est la preuve-même que, motivés par la foi et un esprit pionnier, des moines de la règle de Saint Bernard ont essaimé jusque dans ce coin reculé, aux confins de l’Europe, fondant cette communauté monastique en 1202-1203, moins de cent ans à peine après les débuts de l’ordre. Entre temps, plus de 340 monastères de l’ordre avaient été fondés à travers l’Europe. Un véritable réseau auquel celui de Cârța était rattaché.

Connaissant la propension des cisterciens pour la quiétude et les paysages naturels, probablement il n’y avait pas de village dans l’immédiate proximité, à l’époque. Un ruisseau coule à côté et, pas très loin, la grande rivière Olt fraie son chemin à travers une vallée fertile. Les cours d’eau étaient un atout majeur pour l’autarcie à laquelle les cisterciens étaient si attachés. Vu les donations et dotations reçues par de tels établissements monastiques, on peut imaginer, dans le voisinage, des champs cultivés par les « convers », ces moines qui s’attelaient aux tâches manuelles, pour que leurs autres frères puissent se vouer à la prière, à la lecture des textes sacrés et à l’écriture ou copie de manuscrits.

Le silence des moines qui prient et contemplent le monde d’ici-bas, le ciel des Saints et l’Au-Delà, en pensant au salut des âmes, ce silence-là, on l’a retrouvé: c’était une fin d’après-midi, au mois d’août. On l’a retrouvé dans l’air qui devenait frisquet, dans le caractère taciturne des ruines et en nous-mêmes…

Signe des temps modernes et d’une certaine recherche d’un calme radiant, un groupe de touristes était là, pour pratiquer le yoga sur le pré verdoyant, à l’extérieur du mur d’enceinte… Les mêmes lieux attirent les mêmes types de gens, à travers les âges… La recherche de la tranquillité, d’une spiritualité, nous a attirés tel un aimant vers Cârța, nous évitant d’aller ailleurs, là où trop de touristes vont…

La grande rosace de l’ancienne église est aujourd’hui un trou béant… Les vitraux n’ont pas survécu à l’épreuve du temps…  L’église n’est plus, non plus – juste quelques lambeaux et une tour qui défie encore les éléments. Des murailles incomplètes dessinent un dédale dont on n’a pas envie de sortir…  On peut encore soupçonner les contours de plusieurs bâtiments, affectés dans l’ancien temps à des fins très spécifiques, car on connaît l’admirable degré d’organisation des moines cisterciens.

Au milieu de la cour trône un petit cimetière fleuri. Un peu plus loin, la chapelle, encore debout, aligne ses bancs pour les ouailles qui viennent écouter la messe en allemand. L’orgue, petit et charmant, affiche encore des partitions. Cet endroit vit encore, par sursauts, grâce à la fidélité des fidèles… Et le pieux silence y est seulement brisé lors des messes, lorsque les voix et les chants de l’orgue se lèvent vers le ciel. En même temps que les regards.

Nous aussi, nous avons levé les yeux vers le ciel. En partant, nous avons pourtant tendrement posé nos regards, une fois de plus, sur les ruines du monastère de Cârța. Avant d’y  retourner un jour, avec nos pas ou dans l’esprit…. Car l’on aimera toujours les lieux comme celui-ci. Que l’on aimait déjà…

Texte: Andrei-Paul Corescu

Crédits photos : Mariana Antoneag

Andrei

Professeur de français et traducteur pour des maisons d’édition de langue roumaine, Andrei – Paul est également poète et un passionné de la francophonie. Il vit actuellement en Belgique…

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4 commentaire

  1. Quelle jolie plume, quelle poésie! Excellent ton article Andrei! Merci beaucoup de ces efforts!

    1. Andrei-Paul Corescu says:

      Merci, Mariana 🙂 Je l’ai écrit avec plasir, et si c’est un article que les gens apprécient, c’est que le voyage lui-même a été exceptionnel! Cela grâce à votre équipe, qui m’y a emmené et guidé! Donc, merci à vous!

      1. Ô combien ton cœur est grand! Si les gens apprécient ton article, c’est pas grâce à nous qui t’y avons emmené, mais bien parce que tu n’as rien laisse au hasard, tu n’as épargné aucun détail. Ton texte est bien équilibré, instructif et passionnant! Accepte ces compliments sincères, tu les mérites bien 🙂 !
        Passe une très bonne soirée et j’espère te revoir bientôt en Roumanie.
        Bisous

  2. Merci Andrei pour cette magnifique initiation architecturale, historique et religieuse… à l’intérieur d’un site qui respire la paix à plusieurs milliers de kilomètres. J’ai apprécié cette lecture.

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